Aquaphobie
Je dois rejoindre l’autre rive, là où j’entends des voix s’élever. Je les reconnais. Des amis qui discutent fort, qui échangent, qui s’interrogent sur mon absence. Ce n’est pas ma faute pensai-je de l’autre côté. Je dois les rejoindre mais un obstacle de taille me barre le passage. Une sorte de pont-tunnel naturel creusé dans une falaise dont je sais que je ne verrai pas le fond. Cette écume blanche, mousseuse, est inquiétante et avide de me dévorer pour m’engloutir. Ce passage est au cœur d’un océan déchainé. Les lames de fond sont impressionnantes. Les vagues sont gigantesques et déferlent à vive allure pour se casser contre la paroi rocheuse accompagnées d’un bruit de ressac métallique. Je vais y passer comme à chaque fois. Je ne survivrai pas. Je m’approche lentement. Je n’ai pas le choix, faut que je passe. C’est le seul chemin. La pente est escarpée, étroite et toute cette eau est proche, c’est trop bas, les vagues la surplombent de plusieurs mètres. Je laisse passer une grande lame d’eau qui se fracasse à quelques mètres de moi. Son écume bouillonnante m’éclabousse. Je suis trempé. J’avance. Je profite d’un semblant de calme et m’agrippe à un rocher. Je suis dans ce tunnel ouvert sur un coté. Je me retourne. Je la vois arriver celle qui va me détruire. Je ferme les yeux. Je retiens ma respiration. C’est la fin. Les ténèbres sont bruyants, froids et humides. Ils me plaquent d’une force prodigieuse contre la paroi minérale. Je suffoque. L’eau trouve un passage. Elle est en moi. Je ne suis plus. Game over.
Toujours cette même peur viscérale…toujours cet élément liquide.
Je suis fait ainsi avec cette crainte, cette peur de me noyer. Je sais nager. C’est ma sœur qui m’a appris lorsque j’avais 8-9 ans. Je ne suis pas un bon nageur cependant.
La mer, l’océan…j’aime la regarder mais les conditions requises pour m’y baigner sont nombreuses…Mon Homme pourrait en témoigner.
Pas de vagues…ou si peu
De la transparence pour voir mes pieds
Proche d’une rive facile d’accès
Ne pas trop s’éloigner
Toujours avoir pied
Pas de remous, pas de ressac lorsque j’y suis car sinon je ressors très rapidement
Pas de longue baignade, juste le temps de se rafraichir
Et si les vagues sont trop présentes, je préfère de loin rester en bord de rive…car la chaleur je ne la crains pas.


Faussement heureux et purement scandalisé je suis devant une attaque immonde que je subis ici même dans mon nid depuis quelques jours.
QUELQUES NOUVELLES SUR LES GAZELLES (équipage 106)
Deux syllabes. Sept lettres. Trois voyelles et quatre consonnes. Un prénom aux origines latines d’une couronne déposée sur la tête de généraux triomphants, des lauréats. En vogue dans les années 60-70, mes parents hésitèrent pourtant avec un autre tatouage indélébile monosyllabique, Brice, mais sa sonorité conjuguée avec mon nom de famille écorchait les tympans et malmenait les cordes vocales de ceux qui m’appelleraient plus tard…et puis mes initiales auraient été BB, no way. Alors depuis trois décennies, ma caboche se pare de lauriers. Un prénom c’est pour la vie. On l’aime ou pas mais il nous suit jusqu’à notre épitaphe. Il est parfois remplacé par des diminutifs affectueux ou des surnoms sans aucun rapport. Mon homme m’appelle Poussin. Mes parents m’appellent Trésor. Ma sœur et mes neveux doublent la première syllabe mais mon identité reste la même et le feuillage de mon prénom résiste à tous vents.
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