La télé tue

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Ce titre est  sans doute ironique voire même digne du cynisme de House mais il est des situations où il m’est nécessaire d’évacuer ce que je viens de vivre. C’est un exutoire mais là ce soir le titre du billet reflète la réalité…

Appel à 18h55. Intervention à 25 km à domicile. Une petite fille inconsciente. Un drame vient de se produire. Le vieux poste de télé, ce mastodonte cathodique de 60 kg, vient de s’écraser sur la gamine. Le VML déchire la route, avale du bitume. Nous sommes sur les lieux en 20 minutes. Nous montons dans le VSAB des pompiers locaux. Ils massent et ventilent depuis 20 minutes. Plein de sang sur la tête, otorragie bilatérale, du sang en abondance dans l’oropharynx et une mydriase bilatérale aréactive…je sais déjà qu’il est trop tard. Je pose l’intra-osseuse. Je passe l’adrénaline en flash. Les pompiers continuent le massage, l’IADE intube et ventile sur le tube. Le tracé du scope reste plat. Je repousse encore et toujours une dose de vie. Rien…mais je sais qu’il est trop tard. J’essaie de comprendre ce qui vient de se passer. Un traumatisme cranien isolé est rarement la cause d’un arrêt cardiorespiratoire…Nous continuons la réanimation pendant quelques minutes. Rien. Je déclare le décès. Je sors du véhicule pour annoncer la triste vérité aux parents effondrés…il ya bien une phrase dénuée de tout sens  que j’exècre à dire dans mon métier…”Je suis désolé“…Les parents sont mutiques, tétanisés par le choc. J’essaie de comprendre les faits. Une amie des parents est aussi présente. Elle me regarde les larmes aux yeux et me dit “vous faites un métier difficile…”, je me retiens de pleurer…j’ai les yeux qui brulent mais je dois continuer mon job, m’assurer que le  soutien psychologique des parents sera assuré, continuer mon enquête morbide, passer le relais aux gendarmes. Nous montons le corps de l’enfant dans sa chambre à la demande de sa mère qui voulait la voir une dernière fois dans son lit. A côté de cette pièce, le lieu du drame. Je vois le sang sur le parquet, cette fichue télévision sur le sol…et je comprends ce qui s’est passé. La petite fille a du tirer sur les cables. Le meuble n’était pas très stable. L’ensemble s’est effondré sur ce petit corps…et la mécanique fut comparable à ce que nous appelons “le coup du lapin“…traumatisme cervical violent responsable d’ une dysjonction des vertèbres C1-C2 provoquant l’arrêt cardiaque dans cette circonstance. Rien n’aurait pu la sauver.

Le silence est d’or sur le chemin du retour…les esprits sont martelés. Mais il n’y a pas de pause, point de répit. Il faut toujours avancer, tourner la page. Et recommencer dans une heure, ou deux…

Une matinée à Saint-Tropez

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msVous croyez certainement que j’ai un poste fixe à l’hôpital…vous vous trompez. Je fais parti en réalité de la classe des contractuels, entendez  par ce terme barbare que je signe un contrat chaque année avec mon employeur, une sorte de CDD. Je suis donc virable à chaque échéance annuelle et cette situation se répète depuis près de cinq ans maintenant. Mais ça risque de changer dans quelques mois…enfin !

En début de semaine, je me suis vendu au marché de Rungis. J’entends déjà ici les parigots me lancer en pleine figure que j’aurai pu les prévenir et que cela aurait pu être une occasion de se rencontrer mais bon…j’avais pas trop le temps là ! Pourtant j’étais la classe incarnée en city wear avec la cravate en prime…faut dire que j’ai peu l’occasion de la nouer mais force est de reconnaître que j’étais plutôt pas mal devant le miroir ce lundi matin avant mon entretien. Rendez-vous à 11h30 dans une espèce de conglomérat de bâtiment industriel tellement glamour que c’en était insupportable pour mes cellules rétiniennes…et mes souvenirs de la dernière décennie…même endroit que mon concours d’internat. Comme je suis stressé (ça se voit pas mais je suis un faux calme, ça bout à l’intérieur), je suis arrivé 1 heure en avance. J’ai présenté ma convocation accompagné d’une pièce d’identité à la gentille dame de l’accueil. J’étais le 4ème candidat à passer. Direction Saint-Tropez. Chouette je reviens à peine de vacances génialissimes qu’on m’envoie direct dans une station balnéaire…j’ai longé le long couloir impersonnel aux murs jaune pisseux datant des fastes années 70 en croisant sur ma route Porto-Vecchio, Sète, Montpellier, Bonifacio, et encore plein de villes méditerranéennes et je suis arrivé à bon port à Saint-Tropez devant une porte de bureau administratif où trônaient de véritables chaises de jardin pour candidats angoissés. J’ai causé avec une polonaise de Brest. Puis elle a été aspirée dans cet espace inconnu peuplé de 4 individus. Elle fut recrachée au bout de vingt minutes, le sourire aux lèvres. Elle m’a expliquée qu’ils ne mordaient pas, qu’ils étaient dociles et à l’écoute. J’ai encore attendu quelques minutes et ce fut mon tour de rentrer dans ce bureau où je devais me vendre. A l’intérieur mon jury impatient m’attendait. C’était encore 1970 inside…PowerPoint n’existait pas…des transparents pour rétroprojecteur en guise de support de présentation…

«  Bonjour j’suis Poussin….j’suis très compétent dans mon domaine…j’suis indispensable au bon fonctionnement du service…des diplômes ben oui….Bla Bla Bla… » Bref je me suis fait l’écho d’une étude marketing très élaborée. Ils semblaient très intéressé par mon job. Ils ont posé des tas de questions, cherché les moindres détails…et puis au bout de 26 minutes, je suis sorti satisfait du travail accompli…je venais de passer l’entretien nécessaire pour espérer être inscrit sur une liste d’aptitude qui pourrait si tout ce passe bien me permettre de passer d’un D sur mon contrat à un I et d’être ainsi enfin titulaire de mon poste hospitalier. Je venais encore de tester la lourdeur de l’administration française en participant à mon troisième concours de mon cursus médical…

Résultat fin mars…

Comment je me suis disputé ma spécialité…(2)

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Episode 2 : La gynécologie

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Je ne serai pas gynécologue…

Faut dire que cela ne m’a jamais traversé l’esprit. Non pas parce que je suis de l’autre bord car, dans ces cas là, j’aurai très bien pu virer urologue pour tâter de la saucisse mais parce qu’avoir les mains dans l’antre féminine toute la journée, je pense que je serai devenu maboule. Moi je dis, faut être un passionné de la moule pour pouvoir faire cette spécialité là.

Parce que, oui j’en ai vu plus d’une…au cours de mon externat.

J’assurai quelques consultations sous la responsabilité bien évidemment de mes internes de l’époque. Des cas faciles…ouep !

Ça ne fait guère rêver…les grandes lèvres, les petites lèvres…pouah comment peut-on s’extasier sur ces morceaux de chair flétrie noyés dans l’amazonie d’une forêt loin d’être dévastée. Oui j’ai vu le mini bambou…pas de commentaire…faut être expert pour en parler alors là c’est sûr je me tais.

Le speculum dans la main, plusieurs tailles disponibles, respirer un grand coup, passer en mode apnée et introduire l’outil métallique délicatement (« hm un peu petit non ? » me dit une jeune femme pas si gênée que ça en position gynécologique…ok je change de taille… « Ah oui c’est neeetteeement mieux »…ben voyons !) et l’écarter progressivement pour parcourir visuellement l’antre secrète…j’y ai vu toutes les couleurs…du blanc visqueux et épais, du vert liquide et son odeur très caractéristique de poisson pas frais, du rouge of course, du marron aussi…j’y ai vu pleins d’objets…une craie, un capuchon de stylo bleu, un bout de capote, un tampon calcifié et une clé…une véritable boite au trésor…j’y ai mis les doigts, gantés, pour apprécier la tonicité et l’humidité des parois , pour venir titiller un col que j’avais bien de la peine à trouver, pour effectuer les prélèvements nécessaires au diagnostic de mycose vaginale et autres réjouissances.

Certes c’est extrêmement réducteur j’en conviens de réduire la gynécologie à ces quelques détails. J’ai bien entendu palpé des seins, des ronds, des petits, des gros, des tombants, des faux, des plats à la recherche de cette petite masse suspecte, insidieuse, qui ronge et qui détruit la vie de milliers de femmes chaque année. Répondu aussi à toutes ces questions palpitantes sur l’intérêt des armatures des soutiens-gorge, sur quelle crème choisir pour mieux les hydrater (que veux-tu que je te réponde…un gynéco devrait être une femme…qui de mieux placée qu’elle pour connaître et expliquer les aléas de la vie féminine ?)….comment faire pour désengorger un sein qui fait mal… (Ah ça c’est souvent une question à laquelle répond un pédiatre défenseur de l’allaitement maternel) ?…

Alors oui la gynécologie c’est également l’obstétrique, ou encore l’art de suivre une grossesse et de faire naitre un bébé… « C’est vachement beau un accouchement !.. » dit celui qui n’en a jamais vu un ou celui qui passe sa vie devant Urgences en s’extasiant devant le tout nouvel être humain tout rose, tout propre, tout brillant. Evidemment c’est émouvant lorsque c’est la première fois. Je ne te cache pas que j’ai versé ma petite larme…mais la vérité c’est que c’est loin d’être beau, c’est horrible ! Pourquoi penses-tu que les jeunes papas s’évanouissent à la naissance de leur progéniture ? Parce qu’ils sont émus ?…non parce qu’ils comprennent enfin que les garçons ne naissent pas dans les choux ni les filles dans les roses…mais plutôt dans un méli mélo de liquide amniotique plus ou moins teinté, de sang, de membranes visqueuses (restes de la poche des eaux), d’urine aussi ( et oui des fois pas le temps de faire un sondage…), et autres surprises intestinales. Quoi t’es dégouté ?…je t’avais prévenu. Et encore je t’épargne les détails de l’épisiotomie aux ciseaux source d’une rééducation périnéale longue et fastidieuse… et là encore c’est lorsque l’accouchement se passe bien…car ça vire rapidement au film d’horreur lorsque bébé s’obstine à vouloir passer ses fesses en premier et que ce n’était absolument pas prévu…Ben tu vois toi aussi tu te sens mal ?

La aussi je réduis le champ de la spécialité qui est tout à fait passionnante en réalité car elle est à la fois médicale et chirurgicale, qu’elle s’intéresse aux femmes de tout âge en âge de procréer ou non, qu’elle va de la prescription de la contraception à la chirurgie du cancer de l’ovaire.

Je n’étais pas fait pour elle.

Quitte ou Double ?

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vgVaccin ou pas ?…Je ne remets pas en cause la politique vaccinale pour faire face à cette première pandémie du 21ème siècle…juste l’hypocrisie patente accompagnant cette nouvelle campagne vaccinale. Je fais parti des heureux bénéficiaires prioritaires d’une injection (plutôt deux…) de virus vivant atténué gonflé au thiomersal et autre squalène, au titre de professionnel de santé qu’il faut absolument protéger…néanmoins le futur cobaye candidat devra remplir un questionnaire exhaustif précisant notamment son mode de vie et signer un papier mentionnant tous les effets secondaires possibles du dit vaccin déchargeant ainsi de toutes responsabilités laboratoires pharmaceutiques, établissement de santé et ministère de la santé si jamais, par le plus heureux des hasards, la statistique soulignant la probabilité infime d’une complication neurologique potentiellement mortelle passait subitement à 100% pour le candidat concerné…

 

Oui tous les vaccins exposent à des effets secondaires. Oui je me suis fait vacciné contre l’Hépatite B (guère le choix non plus vu que c’était obligatoire !!), contre la grippe saisonnière (vaccin unidose…longues années de recul), contre le méningocoque A+C, contre la tuberculose (BCG tant décrié et maintenant devenu facultatif…tiens donc), contre la triade diphtérie-tétanos-polyomyélite…

Oui je serai montré du doigt (encore une fois…mais maintenant j’ai l’habitude), traité de criminel, d’inconscient…mais j’ai le choix.

Oui j’ai trois fois plus de risque de choper cet H1N1…par rapport à une grippe saisonnière…et autant de risque de développer une complication suite à cette contamination…mais je refuse qu’on m’administre des substances autrefois décriées pour leur toxicité établie scientifiquement.

Oui les professionnels de santé doivent être protéger, pour garantir la sécurité sanitaire et assurer la continuité des soins de nos compatriotes, éviter la propagation du virus…mais pourquoi alors ne pas rendre cette vaccination obligatoire ?…sans doute parce que la sécurité n’est pas assurée malgré des discours rassurants jonglant encore une fois sur des chiffres et des rapports bénéfices-risques.

Je serai probablement moins méfiant si tout le corps médical était unanime sur le bien fondé de cette vaccination de masse…mais il n’en est rien !

Avant la tempête

Categories: Emergency Room Le nid

lycTout semble bizarre, hormis la météo clémente de début septembre soulignant de nuages gris et d’une fraicheur automnale la première journée des chérubins et chérichous au collège et au lycée tous stéréotypés à la mode bordelaise long cheveux et grosse tignasse avec la mèche rebelle, chaussures fines en cuir affinant encore un peu plus des jambes cintrées toujours dans un slim (c’est pas passé de mode ???) et petit polo strict façon Lacoste mais en plus hype.

Et pourtant c’est bizarre. Aucun bouillonnement cette année, témoin d’un semblant de reprise d’activité. Aucun tassement humain dans le tram avec ses odeurs matinales réjouissantes pour le museau. Aucun embouteillage sur les quais. Tout est fluide. Tout semble tourner au ralenti même au taff. Peu de sortie. Peu ou pas d’enfant malade. 4 enfants en réanimation…pour une capacité de 18 lits. Non pas que je souhaite une catastrophe, nan ça signifie heureusement que nos têtes blondes pètent la forme mais c’est bizarre ce calme inhabituel, ce répit, cette douce indolence. Elle a le mérite au moins de ne pas être bousculé en ce début de reprise mais tout de même ce n’est pas normal.

ghv Je ne vois que le verre à moitié vide…et j’ai ce pressentiment que nous mangeons actuellement notre pain blanc. Nous devrons sans doute dans les semaines à venir payer lourdement l’addition. Non je n’ai pas peur de cette pandémie sonnant l’alarme depuis avril. C’est une grippe. Une nouvelle grippe, un nouveau virus répondant au doux petit nom de A(H1N1)v ou pour être plus précis A(H1N1) California 2009, issu de la combinaison inédite entre ARN viraux du porc de l’oiseau et de l’homme. Même symptôme que la grippe saisonnière, même contagiosité, même complication, même mortalité. Ce qui va changer, c’est la masse, le nombre de personne atteinte, le taux d’attaque de 30% et la tranche d’âge (enfants adolescents et adultes jeunes) à cause de l’absence totale d’immunité. Oui le 3ème âge sera sans doute moins touché car ayant été exposé dans les années 50 à un virus d’origine russe sensiblement équivalent à celui de 2009 mais la mortalité restera aussi élevée dans cette tranche d’âge en raison des lourds antécédents accumulés au fil des années. Nous avons un plan…étudié pour un virus aviaire extrêmement virulent mais à contagiosité interhumaine délicate…mais inadapté pour ce virus parfaitement adapté à l’Homme. Difficile d’appliquer la phase 6 de ce plan, sachant que tout comme la grippe classique, 1/3 à la moitié des personnes touchées seront asymptomatiques, que la contagiosité existe de 48 heures avant l’apparition des premiers symptômes jusqu’ à 7 à 10 jours après la guérison, qu’actuellement la confirmation d’un cas de grippe H1N1 nécessite la réalisation d’une PCR extrêmement couteuse et limité à 40 études par jour pour la région aquitaine (lorsqu’on s’attend à des milliers de cas quotidiens !!). Difficile de ne pas douter de l’organisation sanitaire lorsqu’en temps normal les personnes absentes (en congés ou en arrêt maladie) ne sont pas remplacées. La prévention existe : des masques, des solutions hydro-alcooliques, des gants…mais pour être 100% efficace il ne faudrait pas enlever son masque ne serait-ce que pour manger, il faudrait continuellement s’asperger les mains de désinfectant, porter des gants en permanence pour éviter de se contaminer bêtement en posant ses mains sur la barre du métro ou en poussant son chariot au supermarché du coin !

Quant au vaccin…méfiance…il sera bien sûr disponible en temps et en heure mais il n’y aura pas forcément le recul nécessaire à son évaluation pour juger de son efficacité et de son innocuité…c’est bien pour cette raison qu’il ne sera aucunement obligatoire même pour les professionnels de santé !

Attendons de voir ce qu’il va se passer….ce sera sans doute une répétition générale avant une prochaine pandémie probablement plus virulente.

 Tout ce calme me semble  bien pathologique…

Il est revenu…

Categories: Emergency Room

…le temps de l’insouciance, à la faveur de l’été, sous la chaleur écrasante transformant nos gites en sauna…

…le temps où les enfants, concentrés de vitalité et de malice, espiègles à l’impatience exquise de goûter à l’interdit de nouvelles expériences, échappent un bref instant à la vigilance des parents.

…le temps où les corps désirent se refroidir sous les eaux clémentes d’une piscine sécurisée par des barrières mais où la petite porte reste ouverte…un oubli

noy…le temps de l’inquiétude lorsqu’un enfant perdu depuis 5 minutes est retrouvé pataugeant dans cette eau fraiche…sauf qu’il ne patauge pas

…le temps des noyades avec son lot d’incertitude sur une survie sans séquelles.

Aujourd’hui un de sauvé…mais demain ?

Comment je me suis disputé ma spécialité…

Categories: Anatomie Emergency Room

Episode 1 : La Chirurgie…

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En tant que jeune padawan sur la longue voie de l’apprentissage de l’art médical, j’avais envisagé un temps de devenir chirurgien. Rien de bien original lorsqu’un jeune étudiant embrasse la carrière médicale. Devenir chirurgien, c’est devenir un dieu vivant, un maître de la lame de 15 et du vicryl 3.0,  auréolé de gloire dont les pieds sont baisés quotidiennement par des patients reconnaissants. Le must, le caviar de la profession médicale, qui peut gueuler et incendier à son bon plaisir l’infirmière du bloc ou bien le pauvre interne ou encore plus jouissif l’externe en l’humiliant bien profond…parce qu’au fond c’est LUI le chirurgien, le dieu vivant, faiseur de miracle sans aucune humilité, le bricoleur d’intérieur…

Oui je voulais devenir chirurgien mais fort heureusement j’ai rapidement changé d’orientation. Les interventions chirurgicales ne me faisaient absolument pas peur. J’adorais voir l’intérieur du corps, un foie, une rate, du sang gicler sur les plafonds lorsqu’une artère était touchée par mégarde (encore l’abruti d’externe qui ne tenait pas correctement les écarteurs), voir un cœur battre et se dire que ce muscle puissant, noble et  autonome constitue l’unique métronome de notre vie.

Ah c’était beau la chirurgie…oui mais je me suis vite rendu compte que primo j’avais deux mains gauches, que secundo ce n’était que du bricolage certes minutieux mais du rafistolage quand même ( et je n’aime pas le bricolage, ni le jardinage,…bref je ne suis pas manuel sauf dans un seul domaine J), que tertio il ne fallait pas trop réfléchir, juste quelques techniques à connaitre (mais sans vouloir être réducteur ou péjoratif,…faire de la chirurgie c’est comme lire un manuel d’entretien automobile : faut être doué en mécanique et savoir reconnaitre les organes vitaux…), que quattro au-delà du bloc opératoire le patient n’existait pas…déjà au bloc c’est un foie ou une rate…alors dehors comment s’appelle-t-il ? Et pour moi ce quattro était  rédhibitoire, sachant que pour moi la Médecine est un art basée en grande partie sur la relation humaine…et dire qu’au départ je voulais devenir médecin légiste !!!

La sexualité du Poussin

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Avec un titre pareil, c’est sur je vais affoler les données !

L’univers médical serait-il ouvert, tolérant, mature et compréhensif…C’est bien tout le contraire. C’est pour cette raison que j’ai choisi de ne pas faire de « sortie » officielle. Les spéculations, toujours par derrière (oui j’adore…), fleurissent et constituent régulièrement un sujet de conversation parmi mes collègues (j’ai des espions bien infiltrés…). Mais quelle est donc la sexualité du Poussin ?…alors je joue en semant des indices, en brouillant les pistes en m’amusant avec ma meilleure amie de cette situation pathétique qui fait couler des litres de salive. Gg est ma complice, mon alliée dans ce monde de bisounours où les rumeurs, ragots et autres news salaces étayent  la curiosité malsaine de mes congénères. Je discute régulièrement les soirs de garde avec Gg en faisant bien entendu exprès de nous isoler, histoire d’alimenter la machine à blabla. Ainsi est née la rumeur où nous étions en couple….Pourtant les collègues de Gg (Que des filles… !) savent qu’elle a un mec (et donc pas moi ) et pensent que je suis…(oui trois petits points car elles ne prononcent jamais le mot). Certaines doivent même penser qu’un trio serait possible !

La bague au doigt en fin d’année a été l’objet de beaucoup d’interrogations toujours indirectes…oui c’est bien une alliance à l’auriculaire gauche : mariage ? fiançailles ?…point de faire-part ? Je remarque avec délectation les regards interrogateurs, assoiffés d’une réponse claire, précise et spontanée…dommage pour elles je reste muet comme une tombe (et silencieux est une de mes spécialités !). Certaines malgré tout essayent de s’infiltrer dans mon intimité en tournant sept fois la langue dans leur bouche en posant une question anodine pour laquelle je pourrai laisser échapper l’identité de l’être aimé. Mais je suis trop fort (moi aussi je me creuse les neurones…) au jeu des réponses laconiques impersonnelles.

D’autres savent…mais sont probablement extrêmement gêner pour m’en parler ou attendent désespérément une confirmation qui n’arrivera jamais ( Le boulot d’un côté…ma vie de l’autre)

D’autres ne se posent même pas la question (et je crois bien finalement que ces derniers sont des plus respectables)…mais sont totalement aveuglés par une société hétéro-normée…Il a une alliance…Il est en couple (Touché)….Comment s’appelle sa Femme (coulé) (mais là je dois bien l’avouer on ne m’a jamais posé cette question !!) ?

 Demain soir, et c’est rare, j’ai accepté une invitation de diner professionnel entre collègues masculins…en répondant à ce mail

« Je vous propose de venir manger chez moi jeudi soir (avec famille et enfants bien entendu sinon mesdames vont encore croire que vous rentrer trop tard) »

 J’ai souri…et écris en guise de réponse : « single » pour ma part, toujours dans le but de ne pas faire de « sortie » officielle et préserver ainsi la moralité bien pensante de mes collègues.

Instincts

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9782709628341Une journée ordinaire, printanière avec un avant goût d’été. Un nourrisson de 8 mois, tout mignon, comme il en existe par millier.

Il dort paisiblement ignorant le drame qui se tisse insidieusement pendant que Morphée anime ses rêves. Il se réveille, ouvre ses yeux ronds, reconnaît un endroit familier, cherche du regard sa mère mais il ne la trouve pas. Il pleure. Rien. Aucune réaction. Point de visage maternel rassurant. Il crie encore plus fort. Rien. Le néant absolu dans un environnement familier bien connu, clos. Il pleure, il a faim, il a soif, il a chaud. Personne à son écoute. Personne pour s’occuper de lui. Il pleure et crie encore. Il a chaud, très chaud. Bien vite ses cris font place à un silence lugubre, glacial. Ses mouvements se font rares. Ses billes de verre restent ouvertes à la recherche d’une main tendue. Son cœur accélère la cadence…son flux sanguin se concentre au cerveau…stratégie physiologique de survie implacable, efficace mais limitée dans le temps. Combien de temps son calvaire va-t-il durer ?….1 heure, deux heures, trois ?…non sept heures.

Elle revient enfin. Effondrée, elle le retrouve hagard, les yeux vides, blême, le souffle haletant tel un chien qui agite la langue rapidement pour se refroidir les jours d’été. Les secours arrivent. Il est inconscient. Les sapeurs pompiers tentent de le refroidir un peu avec quelques serviettes humides, essaient de le faire boire et demandent un renfort médical.

J’arrive. Il est dans un état pré-mortem, les yeux sans vie même si son cœur bat encore très vite, il ne tiendra plus longtemps. Ses veines sont plates, impiquables. Les yeux cernés. Déshydraté. Un trocard dans le tibia. Du sérum salé poussé rapidement à la seringue. Ses veines se gonflent, son cœur ralentit, ses joues se recolorent, ses yeux renaissent et pétillent de l’étincelle de vie, ses membres bougent…et de son silence jaillit un cri, des pleurs et des larmes. Il la revoit…et il sourit. Elle venait juste de l’oublier dans sa voiture pendant sept heures en plein soleil.

L’instinct de survie supplante en tout point l’instinct maternel auquel je ne crois pas trop…

Saisir l’occasion

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ha_haJ’utiliserai tous les moyens pour arriver à mes fins. La vengeance est un plat réfrigéré. La justice morale se doit d’exister dans ce monde pourri, vérolé par des individus manipulateurs, hypocrites, démagos, usant de leur pouvoir de destruction psychologique.

J’ai passé deux années d’enfer à me déliter progressivement face aux multiples ogives nucléaires lancées par mon ancien chef, devenant l’ombre de moi-même sans possibilité de me défendre par crainte de représailles encore plus agressives sur le plan psychologique. La démagogie associée à une parfaite rhétorique constitue une arme redoutable pour manipuler les esprits. Mensonges, coup bas, insultes vis à mis de mes parents, critiques négatives à mon égard en dehors de ma présence bien entendu pour mieux me rabaisser vis-à-vis de mes collègues ou pire de parents de patients et même outing subtil avant même d’arriver à mon poste, mise en danger d’une équipe …et j’en passe.

Tout le monde est au courant. Personne ne dit rien. Tout le monde subit mais il faudra bien à un moment que ce jeu malsain cesse. Mais lorsque l’occasion est offerte de parler pour donner son avis sur l’avenir de son bourreau, il faut la saisir et en profiter pour vider son sac et crever l’abcès. Les opprimés doivent s’unir, constituer une armée, rapporter des faits, accumuler des preuves contre ce personnage tyrannique qui ne devrait pas obtenir son dernier gallon.

Et quel châtiment plus élégant pour celui qui veut prendre le pouvoir par tous les moyens que celui de lui interdire tout simplement l’accession au poste le plus convoité de notre hiérarchie ? Ce sera certainement peu cher payé pour toutes ses bassesses mais si mon souhait est exaucé, j’aurai sans doute un sourire jubilatoire presque sadique aux lèvres et une bonne coupe de champagne au creux de l’estomac pour me réjouir de ce juste et réparateur verdict…mais dans le cas contraire où les décideurs d’avenir n’auraient pas été suffisamment éclairés et accompagnés sur le bon chemin, celui de la vérité, celle d’un homme qui ne mérite pas d’être couronné, il sera alors grand temps de changer de cap avant que le navire ne sombre dans des eaux encore plus sombres.

Je ne sais pas quand cette décision importante sera prise…mais je l’attends avec une certaine impatience…