Info: 7 janvier 2010 Posted by: Poussin 5 comments

cd

1995.

 

Le grand jour venait d’arriver. Un peu plus de 500 candidats pour 72 places. Du stress dans le ventre jusqu’au bord des lèvres à en être paralysé. Des mois de préparation sanctionnés par des épreuves multiples et variées dont l’anatomie entre autre…Mon cerveau avait accumulé sept bouquins de 165 pages chacun, remplis de schéma et de descriptifs que j’avais ingurgité par la méthode de l’apprentissage du « par cœur » comme lorsque nous apprenons un poème pour le réciter au mot près devant toute sa classe. J’étais capable de les recracher au tac au tac (1 chance au grattage, 1 chance au tirage). Lorsque les portes de l’amphithéâtre se sont ouvertes, j’étais vide. Une page blanche. Je ne savais plus rien. La panique totale s’installa. J’essayai de me réciter la vascularisation du membre supérieur. Rien. Blackout total. Seule la petite aile du sphénoïde avait les faveurs de ma réminiscence neuronale. Je m’installai donc à ma place attitrée avec non numéro de matricule d’anonymat. Mon stylo plume fétiche (à chacun ses grigri et ses TOC), que j’avais reçu le jour de l’obtention de mon brevet, était porté à mes lèvres pour être embrassé trois fois accompagnés d’incantations mentales ( ouais vous pouvez rigoler…) comme si de simples prières païennes pouvait influencer le cours du monde…Les sujets étaient distribués. Des QCM certes mais aussi une vingtaine de questions ouvertes. Je me liquéfiai sur place tant les percussions de mon cœur me donnaient la nausée. Au top départ « vous pouvez retourner vos sujets », je pris une profonde inspiration pour survoler l’ensemble du sujet et appréhender l’étendue du désastre…et là…un déclic…La page blanche initiale venait tout à coup de se remplir de nouveau de schéma et de lignes rassurantes…parce que la cinquième question ouverte que je découvrais avec circonspection était celle dont je me souvenais le plus clairement avant de pénétrer dans la salle : la petite aile du sphénoïde…et cette petite partie d’un des os du crâne s’avérait être un véritable remède à mon Alzheimer de stress. 2 heures après, une cartouche d’encre plus tard, quelques feuilles de brouillon griffonnées après, je rendais ma copie et quittais la pièce satisfait du travail accompli.

Je me souviens particulièrement de cet épisode car je m’étais lancé un défi, celui d’être le meilleur dans cette discipline. Et ce fut chose faite.

D’autres épreuves se sont bien sûr succédées la même année et les autres qui ont suivi. Toujours le même stress, toujours cette peur viscérale de la page blanche, toujours cette remise en jeu de son avenir professionnel. A force d’accumuler des examens et des concours, j’ai fini par en être dégouté. Assez de cette gymnastique mnésique, marre d’avoir cette boule au ventre qui tord les boyaux. Je prépare de temps en temps des diplômes universitaires sanctionnés également par un examen écrit et/ou oral mais je les aborde de manière plus détendue. Je ne sais plus apprendre par cœur, j’ai sans doute flingué la méthode. Mais j’apprends toujours et encore chaque jour, différemment, appuyé sans doute par mes connaissances acquises et mon expérience professionnelle.

Si c’était à refaire, et bien oui maso je suis, je le referai parce que je ne me vois pas faire autre chose.

 

J’ai eu des good news de notre carré. Son premier jour s’est bien passé et semble très prometteur. En ce début d’après-midi, il planche encore sur la physique et la biophysique. J’attendrai ce soir pour avoir de ses nouvelles.

Lui c’est un peu moi il y a 15 ans.

 

2010.