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Le nid
« Mettre en danger
Tous nos secrets
Ouvrir les portes
Diminuer l’obscurité
Si ce n’est vain
Pourquoi demain »
Mylène Farmer “Réveiller le Monde“
 Etape nécessaire d’un chemin de croix, éternelle répétition aux conséquences parfois douloureuses, obligation sans fin pour un hors-norme souhaitant mettre en lumière sa vérité ordinaire. Un coming-out. Ou devrai-je dire des coming-out. Parce qu’il n’y en a pas qu’un mais souvent plusieurs.
Parce qu’une relation amicale, familiale ne peut être saine sans jouer carte sur table, il arrive un jour où il est trop lourd de garder son placard fermé. Alors, petit à petit, j’ai ouvert les pans de mon jardin pour l’aérer, pour m’évader et m’épanouir. Prudemment dans un premier temps, j’ai testé cette ouverture auprès d’amis façonnés sur les bancs de la fac pour voir si j’étais capable d’en parler et surtout pour me confronter à leurs réactions.
Et la tâche ne paraissait pas aussi évidente…puisque mon meilleur ami ne m’épargnait guère de ses « blagues » potaches homophobes.
Février 2001. Paris 10ème. Petit studio de la rue de Belleville. S., G. et moi.
Petite réunion entre potes pour exposer nos impressions respectives sur nos internats débutants. Ce n’était point ce sujet de discussion qui m’intéressait de prime abord même s’il m’éloignait agréablement de ce que je ressentais derrière ma poitrine, cette peur primale, ce tamtam infernal d’un cÅ“ur qui déraille comme celui d’un enfant pris en faute devant une bêtise ou un interdit qu’il n’aurait pas du franchir. Une angoisse dévorante, étouffante…celle de perdre des êtres aimés après avoir subi un jugement définitif et négatif sur son mode de vie.
Fallait que je me lance et que je sache.
La discussion bifurqua sur les amours de G. Ce devait être le bon moment parce j’ai pris la parole à ce moment lÃ
Moi (M) : « J’aime les Hommes. ». C’est brut de décoffrage mais au moins ça a le mérite d’être limpide !
S : « ah ben quand même tu le dis après toutes ces années !! »
Pas de réaction de G.  Lui, d’habitude si  logorrhéique, s’était transformé en carpe cloué au pilori.
M : « …ah…euh…tu le savais ?? »
S : « Je ne suis pas aveugle…je m’en doutais et puis je t’ai lancé des perches non ? »
M : « Euh oui peut-être mais je n’ai pas du capté alors… »
G. est passé par toutes les couleurs, mais toujours sans le son.
Pendant que le mutisme de G. m’inquiétait, S. m’expliquait comment elle avait deviné, ma sensibilité, ma façon d’être, mon absence évidente de machisme sur les femmes…Elle me demandait alors comment il s’appelait et comment je l’avais rencontré…
G. sortit de son silence
G : « Je n’en reviens pas. C’est un choc. Je ne m’y attendais pas. Ce n’est pas possible…non mais je vais m’y faire mais ouf c’est dur là quand même. T’aurais pu prévenir ! »
M : « qu’est-ce que je suis en train de faire ?…tu sais ce n’est pas forcément évident et puis tu ne m’as pas forcément aidé avec tes blagues à deux balles que j’ai du supporté et même faire semblant de rire ! »
G : « oui mais tu me connais…je suis une grande gueule… nan mais ça c’est terrible…enfin je vais m’habituer…mais ça ne change rien tu sais après toutes ces années ! »
M : « euh…merci »
G : « T’es con quand même, je vais devoir faire gaffe à ce que je dis maintenant !!…et ça va pas être facile…faudra pas m’en vouloir si je dérape ! »
M : « T’inquiètes pas va, j’te connais…et puis ne change pas pour moi… ! »
 Cela s’était plutôt bien déroulé. Pas de rejet. Pas d’incompréhension. Sans doute des regrets de la part de S….j’ai toujours pensé qu’elle était amoureuse de moi mais je ne le saurai jamais…quant à G., fervent catholique pratiquant pour lequel il m’était interdit de critiquer le Pape et la religion, il m’a étonné sur mon acceptation car je sais que cela devait être difficile pour lui d’intégrer cette nouvelle donnée. Mais c’est passé comme une lettre à la poste. Il faisait attention à ses propos, m’a invité à être son témoin à son mariage ( et pour moi ce fut une grande preuve d’amitié !) et il reste encore à ce jour mon meilleur ami même si malheureusement nos vies professionnelles nous ont quelque peu éloignés.
 C’était ma première sortie officielle, sans doute la plus facile…
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