laurierDeux syllabes. Sept lettres. Trois voyelles et quatre consonnes. Un prénom aux origines latines d’une couronne déposée sur la tête de généraux triomphants, des lauréats. En vogue dans les années 60-70, mes parents hésitèrent pourtant avec un autre tatouage indélébile monosyllabique, Brice, mais sa sonorité conjuguée avec mon nom de famille écorchait les tympans et malmenait les cordes vocales de ceux qui m’appelleraient plus tard…et puis mes initiales auraient été BB, no way. Alors depuis trois décennies, ma caboche se pare de lauriers. Un prénom c’est pour la vie. On l’aime ou pas mais il nous suit jusqu’à notre épitaphe. Il est parfois remplacé par des diminutifs affectueux ou des surnoms sans aucun rapport. Mon homme m’appelle Poussin. Mes parents m’appellent Trésor. Ma sœur et mes neveux doublent la première syllabe mais mon identité reste la même et le feuillage de mon prénom résiste à tous vents.

Pourquoi je vous raconte ça ?…parce que sans doute je n’apprécie guère que mes collègues oublient mon prénom, pourtant si simple à retenir et à prononcer. La faute à qui ?…un de mes collègues sans doute avec qui j’ai une vague ressemblance physique…et encore faut chercher très loin dans les détails : visage juvénile (y’en a certains qui sont jaloux…héritage génétique permettant de paraître dix ans de moins), même taille…mais voilà tout. Je suis blond, il est châtain foncé. Il a une petite bedaine naissante, je m’efforce de garder le mien plat.

Et pourtant plusieurs fois par jour, c’est au doux prénom de Julien que je dois répondre. Suis-je donc si transparent, sans aucune personnalité, sans aucune aura pour que mes collègues souhaitent ainsi ignorer mon identité ? Font-ils juste preuve de manque d’attention à mon égard ? Comment dois-je réagir ?

  • - Ne pas répondre à mon interlocuteur, qui visiblement me toise et attend une réponse de ma part….très impoli et surtout inimaginable…«Pourquoi il me répond pas cet abruti?»
  • - Leur répondre en les affublant d’un prénom horrible…certains n’ont pas d’humour alors je vais m’abstenir…
  • - Corriger toujours et encore: «euh non moi c’est…et pas Julien…mais y’a pas de blème» transformant ainsi mon partenaire de dialogue en Alzheimer en puissance. Ça ne sert d’ailleurs strictement à rien puisque ce ramolli du cerveau m’appellera sans doute Julien à la moindre occasion.
  • - Me graver en lettre gothique sur le front mon joli prénom avec l’espoir qu’en face la lecture ne soit pas dyslexique!
  • - Changer d’état civil…comment je fais pour justifier d’une telle manœuvre?…et puis merde je ne veux pas m’appeler Julien!
  • - Les beaux jours approchent…je vais me faire un joli tee-shirt humoristique…quand on m’appellera Julien, je déboutonnerai ma saharienne avec force tel un chippendale exhibant ses pectoraux huileux pour leur montrer qui je suis réellement…à force d’effeuillage violent ça finira sans doute par s’imprimer dans leur cervelle défectueuse!!!

 Qu’en pensez-vous ?